Serbie : un enquêteur du dossier d'hôtel Trump dit avoir été visé par un logiciel espion
Rade Bajić, collaborateur du parquet serbe, a reçu une alerte d'Apple en août. Il pense que son travail sur le projet d'hôtel de Jared Kushner à Belgrade explique cette tentative, rapporte le Guardian.

Rade Bajić travaille pour le parquet serbe. Le 13 août 2026, Apple lui a signalé que son iPhone faisait l'objet d'une attaque informatique. Il avait enquêté sur le projet d'hôtel Trump de 500 millions de dollars à Belgrade, lié à Jared Kushner, gendre du président américain.
Le Guardian a rapporté l'affaire mardi. Bajić voit un lien avec son travail sur ce dossier. Les chercheurs qui ont examiné son téléphone se montrent plus réservés.
Ce que disent les chercheurs de Citizen Lab
Citizen Lab, laboratoire de l'université de Toronto, a analysé l'appareil. Pour lui, l'alerte d'Apple est un indice très fiable d'un ciblage par un logiciel espion commercial.
L'analyse ne prouve pas à ce stade que le téléphone a été infecté. Elle ne désigne ni l'outil utilisé ni le commanditaire.
Le Generalstab au cœur de l'enquête
Le Generalstab est l'ancien quartier général de l'armée yougoslave, en plein centre de Belgrade. Les bombardements de l'OTAN l'ont endommagé en 1999. Le site relevait d'une protection patrimoniale.
Kushner voulait y bâtir un hôtel sous enseigne Trump, avec appartements de luxe, bureaux et commerces. En 2024, le gouvernement serbe a signé un bail de 99 ans avec une société liée à lui. Il fallait pourtant lever la protection du site.
Poursuites et retrait de Kushner
La justice soupçonne que des documents falsifiés ont servi à obtenir ce déclassement. Le 15 décembre 2025, le parquet a poursuivi le ministre de la Culture, Nikola Selaković, et trois autres responsables pour abus de fonction et falsification. Tous ont plaidé non coupables à l'ouverture du procès, le 4 février 2026.
Kushner s'est retiré du projet après l'annonce des poursuites. Ses représentants et ceux de la famille Trump affirment n'avoir joué aucun rôle dans la levée de la protection.
Aleksandar Vučić, alors président et partisan du projet, s'est mis en colère. Il a accusé les procureurs d'avoir fabriqué le dossier. Il a promis que les responsables de la perte de l'investissement rendraient des comptes.
Un enquêteur écarté puis alerté
Bajić dit avoir été écarté de l'enquête sans explication dès novembre 2025. En février 2026, il a pris la parole lors d'un rassemblement d'étudiants devant la Cour constitutionnelle : «La loi sera la même pour tous.»
Une série de cas de surveillance
Le 19 octobre, Citizen Lab et l'association serbe SHARE ont confirmé que l'iPhone de Vladan Dokic, recteur de l'université de Belgrade, avait été infecté par Pegasus en 2026. Ce logiciel de l'entreprise israélienne NSO donne accès aux messages et peut activer micro et caméra. Aucun clic n'était nécessaire.
En septembre, SHARE avait recensé au moins quatorze personnes ciblées depuis janvier, dont des étudiants et des opposants. Les renseignements serbes ont rejeté ces accusations et disent respecter la loi.
À cinq jours des législatives
Ces révélations tombent avant les législatives anticipées du 25 octobre. Elles font suite à près de deux ans de contestation contre la corruption, née de l'effondrement d'un auvent de la gare de Novi Sad en novembre 2024, qui a fait seize morts.
Vučić a quitté la présidence en septembre. Il espère devenir premier ministre. Côté justice, le parquet n'exclut pas de nouvelles poursuites : le départ de Kushner a mis fin au projet, mais pas à l'enquête.


