une atteinte à nos libertés et un non-sens

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Pour Dorothée Sibille, psychologue installée au Vietnam, l’interdiction de rentrer en France faite aux expatriés qui vivent hors de l’espace européen ne fait qu’accroître inutilement le désarroi des familles trop longtemps séparées par la pandémie.

Après de nombreux mois, plusieurs saisons et des fêtes de fin d’année au goût de pain d’épices amer, ici au Vietnam, les expatriés gravaient sur les murs les jours restants jusqu’à l’été 2021, date à laquelle ils pouvaient espérer rentrer en France. Car si, en décembre dernier, ils avaient encore le choix de rentrer en France, cela ne signifiait pas pour autant que c’était possible. Au Vietnam, les démarches pour revenir dans le pays après un séjour à l’étranger sont en effet labyrinthiques et demandent du temps – un délai dépassant largement les deux semaines de congés d’ordinaire attribuées à Noël.

Or il est important de rappeler que le Français de l’étranger n’est pas un touriste. Il a une fonction à occuper qu’il ne peut abandonner pendant plusieurs mois. Et il a aussi, éventuellement, des enfants scolarisés. L’été 2021 semblait donc pour beaucoup la seule occasion pour pouvoir retourner en France. Il était attendu fébrilement.

Un sentiment de désespoir et de déchirement

Le décret du 30 janvier dernier stipulant qu’un retour en France est désormais interdit pour toute personne arrivant d’un pays extérieur à l’espace européen, sauf “motif impérieux”, est venu déclencher, au-delà de l’incompréhension, un sentiment de désespoir et de déchirement.

La séparation d’avec nos familles n’est plus seulement pénible, elle est devenue insupportable. La prison dorée de l’expatriation n’est plus seulement une métaphore : nous sommes désormais enfermés dans notre pays d’adoption sans possibilité, pour beaucoup d’entre nous, de retrouver les nôtres, hormis en cas de décès, de grave problème de santé ou de retour définitif.

Les réseaux sociaux ne suffisent plus pour maintenir les liens. Il devient douloureux de montrer nos enfants qui grandissent ou de voir nos parents vieillir à distance – sans compter les discussions poignantes qui se terminent régulièrement par la même question : ‘Quand rentrez-vous ?’”

Combien de femmes ont accouché d’un enfant qu’elles n’ont jamais pu présenter à leur famille ? Imaginez-vous avoir un bébé de 14 mois qui n’aurait pas une seule fois rencontré ses grands-parents ? Combien de couples sont séparés depuis plus d’un an ?

Combien d’entre nous n’ont pas vu leurs parents depuis l’été 2019 ? Et l’on nous demande maintenant d’attendre qu’ils tombent malades ou qu’ils meurent pour pouvoir rentrer en France !”

La seule issue : le retour définitif ?

La liste des “motifs impérieux”, au-delà de son caractère discriminant et punitif, vient plonger de nombreux Français dans un climat d’incertitude, d’impuissance et de frustration. Le sentiment d’injustice, amenant colère et tristesse, est ressenti notamment par les expatriés qui vivent au Vietnam alors que ce pays recense en tout en pour tout trente-cinq décès liés au Covid-19 depuis l’apparition de la pandémie.

Malgré́ tout, beaucoup d’expatriés n’osent pas exprimer leur souffrance tant ils portent (ou tant on aime leur faire ressentir) leur choix de partir à l’étranger comme une culpabilité. Ceux qui sont installés ici osent d’autant moins se plaindre qu’ils vivent dans un pays où la situation est beaucoup moins critique que dans leur pays d’origine et qu’ils savent que toutes familles, en France, sont meurtries. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne souffrent pas – différemment, sans doute, mais tout autant. Et les dépressions ne se trouvent pas seulement en métropole.

Les paillettes de l’expatriation s’assombrissent. Le non-sens, l’atteinte au libre arbitre, le sentiment d’abandon ne sont pas sans conséquences sur la santé mentale. C’est à notre liberté́ et à nos familles que l’on s’attaque !”

Il semblerait ainsi que la seule solution pour ces expatriés désormais en exil soit de renoncer définitivement au pays dans lequel ils sont installés, où ils travaillent et où leurs enfants sont scolarisés pour pouvoir rentrer en France et retrouver les leurs.

Un choix cornélien entre leur famille et la vie qu’ils se sont construite.

Auteur

Dorothée Sibille

Psychologue clinicienne et psychothérapeute, Dorothée Sibille est notamment spécialisée dans les troubles liés à l’expatriation chez l’adulte et l’enfant. Elle exerce à Hanoï, au Vietnam.

Source

Lancé en avril 2016 et destiné aux expatriés français et aux candidats à l’expatriation, Courrier Expat offre des informations puisées dans la presse internationale sur l’environnement professionnel et personnel des Français de l’étranger, sur le

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