Même sans Trump, le divorce entre l’Europe et les États-Unis se poursuivra

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PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE J-4. Donald Trump responsable du fossé grandissant entre les deux rives de l’Atlantique ? En réalité, Washington se tourne vers l’Asie depuis un bon moment, observe ce journaliste britannique, qui assure même que le Vieux Continent n’a jamais vraiment été la priorité géopolitique des administrations américaines successives.

En 1831, les Américains sont arrivés à Sumatra sur un bateau que le sort s’est plu à appeler Friendship [“Amitié”]. Pendant que son capitaine marchandait à terre pour du poivre – la principale culture de l’île –, des autochtones sont montés à bord, ont trucidé son second et pillé le chargement.

Informé du coup de main, le président Andrew Jackson a envoyé un bâtiment de guerre en Asie pour y mener une expédition punitive. Les violences qui ont suivi ont scandalisé les Américains mais ne les ont pas découragés pour autant. Les expéditions de Sumatra étaient la bande-annonce de l’ouverture du Japon et de la conquête des Philippines au tournant du siècle.

Barack Obama, qui a lui-même vécu à Jakarta, a tenté de mettre en œuvre la stratégie dite du “pivot asiatique”. Quand celle-ci a fait long feu, en 2013, l’émissaire qu’il avait envoyé sur place pour la relancer n’était autre que son vice-président, Joe Biden. Or, les deux hommes auraient dû savoir qu’un “pivot asiatique” avait déjà existé auparavant. Un siècle avant le débarquement en Normandie, c’étaient en effet les sables d’Asie qui étaient foulés par des bottes américaines.

L’Europe n’a jamais été la priorité de Washington

Nous qui chérissons l’attachement des États-Unis à l’Europe avons tendance à le penser éternel, pour ainsi dire inscrit dans l’ordre naturel des choses. D’où l’angoisse qui nous saisit quand Donald Trump retire ses troupes d’Allemagne, s’en prend à l’Otan, ou encore impose des droits de douane sur les produits européens.

D’où, aussi, le tic nombriliste [des Européens] consistant à dénoncer l’“isolationnisme” de Washington à chaque rupture de l’oncle Sam avec le Vieux Continent, alors que les États-Unis se rapprochent dans le même temps d’autres régions du monde. En 2006, le Quad – un partenariat sur la sécurité réunissant les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde – n’existait pas. En juillet dernier, les flottes de ces pays ont organisé des manœuvres militaires conjointes dans ce que le Pentagone appelle aujourd’hui, en clin d’œil à Delhi, l’“Indo-Pacifique”. “Drôle d’isolationnisme”, ont dû penser les Chinois en voyant ça.

Si l’Atlantique se distend en ce moment, ce n’est pas à cause des caprices d’un seul président. C’est parce que l’Europe n’a jamais été la seule ni même la priorité géopolitique absolue d’un pays qui possède aussi, depuis deux cents ans, une façade pacifique. L’Europe n’avait conclu aucun pacte officiel avec les États-Unis avant que les nazis, puis les Soviétiques, ne la poussent à conclure un mariage de raison que nous voulons voir aujourd’hui comme un mariage d’amour. Quand le dernier de ces ennemis a disparu en 1991, ce fut également le cas de l’agent de liaison entre ces deux régions qui sont – aussi peu subversive soit l’énonciation d’une telle évidence – très différentes.

Une multitude d’antagonismes

Les antagonismes se sont multipliés depuis : sur la Bosnie, l’Irak, le protocole de Kyoto, le Tribunal pénal international, la taxe sur le numérique, le pacte nucléaire avec l’Iran et la pandémie de Covid-19. Dans une Europe devenue riche et pacifique, la protection des États-Unis n’est plus indispensable. Et pour les États-Unis, l’Europe n’est plus le carrefour stratégique de la planète.

Mais il y a plus inquiétant que le catalogue des bisbilles de ces dernières décennies, c’est la montée de l’indifférence. Vivre à Washington, c’est avoir parfois l’impression que l’Europe menace de glisser hors du monde. On parle d’elle plutôt souvent, mais moins pour ce qu’elle représente isolément que parce qu’elle peut faire pencher la balance dans le bras de fer entre la Chine et les États-Unis. De quel côté, se demande-t-on, la perfide Europe penchera-t-elle ? Et, même ce rôle

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Janan Ganesh

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Fondé en 1888 sous le nom de London Financial Guide, un journal de quatre pages destiné “aux investisseurs honnêtes et aux courtiers respectables”, le Financial Times est aujourd’hui le quotidien financier et économique de

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