Le Mexique et les Etats-Unis face aux complicités de militaires avec les cartels

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A mesure que filtrent des détails sur l’arrestation aux Etats-Unis d’un ancien ministre mexicain de la Défense, Salvador Cienfuegos, pour trafic de drogue, la sidération fait place à la colère et à la consternation sur l’implication de hauts dignitaires de l’État dans le trafic de drogue. Même si ce n’est pas une découverte dans l’histoire du Mexique.
 

Il était ministre de la Défense (de 2012 à 2018) et le plus haut gradé de l’armée : la révélation des soupçons de la DEA à l’encontre du général Salvador Cienfuegos, arrêté en Californie le 15 octobre consterne le Mexique et jette une ombre supplémentaire sur les implications des plus hauts niveaux de commandement de l’État dans le trafic de drogue.

L’ordre de détention délivré par la justice américaine est explicite et accuse le général de

distribuer de la drogue aux Etats-Unis et d’avoir abusé de sa position pour aider le cartel de drogue H-2 [une émanation du groupe de crime organisé des Beltrán Leyva]” (…) à opérer en toute impunité au Mexique.

Le New York Times indique que la DEA aurait trouvé en la personne de Cienfuegos le “parrain” (El Padrino) qui protégeait le cartel et que les agents pistaient depuis des années.

Un super-flic corrompu

“Il est difficile d’exagérer les dégâts que cette affaire entraîne au Mexique“, note le quotidien américain. Car un autre haut dignitaire d’un ancien gouvernement mexicain, arrêté en décembre 2019 à Dallas au Texas, est déjà depuis près d’un an dans les mains de la justice américaine : Genaro García Luna, “l’architecte de la guerre du Mexique contre les cartels”, explique le journal dans un autre article, est accusé de trafic de drogue.

La charge officielle de ce super-flic mexicain était “l’équivalent du patron du FBI américain de 2001 à 2005“, sous le mandat du président mexicain Felipe Calderón. Il est soupçonné d’avoir protégé le cartel de Sinaloa, alors dirigé par El Chapo Guzmán.

A vrai dire, rappelle le New York Times, les soupçons de corruption au sein de l’armée mexicaine ne sont pas nouveaux : “ils nourrissent les conversations privées”. Ils sont aussi directement évoqués dans la série “Narcos” de Netflix.

Des militaires bien à l’abri

Mais les militaires jouissent d’une grande autonomie au Mexique. Ils sont “imperméables aux pressions politiques et protégés par le président”, jugés indispensables à la lutte armée contre les trafiquants de drogue dans un contexte de violence insoutenable, notamment sous les mandats de Enrique Peña Nieto et de Felipe Calderón (2006-2012). 

À cet égard, commente El País, l’accusation lancée contre Salvador Cienfuegos “est un rude coup à l’estomac” porté aux stratégies de lutte contre le crime organisé qui ont prévalu dans les gouvernements précédents.

“Cette arrestation est historique et lance les projecteurs sur le travail que les militaires ont effectué ces dernières années et même tout récemment”, renchérit El Heraldo.

Le chef de l’État Andres Manuel López Obrador cité par Aristegui Noticias au Mexique n’a d’ailleurs pas hésité, en réagissant à la nouvelle, de qualifier ses prédécesseurs de “narco-pouvoirs” et de “gouvernements mafieux”Il a annoncé que toutes les personnes qui collaboraient avec l’ancien ministre de la Défense seraient suspendues. “Nous ne couvrirons personne”, a-t-il martelé. 

Fragilité

Néanmoins, l’implication d’un personnage aussi haut placé qui a collaboré des années avec les autorités américaines dans la lutte contre le trafic de drogue fragilise également la DEA. “Pendant des années, souligne le New York Times, les agents américains ont exercé une influence dans la formulation et le financement des stratégies du Mexique” contre le trafic de drogue.

Ils dépendaient de leurs partenaires mexicains pour mener des opérations, recueillir des informations et coopérer en matière de sécurité.” 

Dans l’affaire du général Cienfuegos comme dans celle de García Luna, “le rôle des États-Unis dans la guerre contre le trafic de drogue est mis en question.”

Sabine Grandadam



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