Le G20, une énorme opération de communication à destination interne

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Les Saoudiens espéraient voir ce sommet sonner le grand retour du prince héritier Mohamed ben Salman sur la scène internationale. Crise sanitaire oblige, ils ont dû se contenter d’un événement par vidéoconférence. Mais les festivités à grand spectable ont été maintenues, pour glorifier la monarchie au moins aux yeux du public local.

La une du journal Al-Riyadh en date du 22 novembre 2020.
La une du journal Al-Riyadh en date du 22 novembre 2020.

C’est hors normes même selon les standards médiatiques des régimes autoritaires du Moyen-Orient. Rarement une presse a déployé une telle quantité d’articles, d’éditoriaux et de unes grandiloquentes, avec des journaux qui consacrent au moins les deux tiers de leurs pages à ce seul sujet :le G20, organisé virtuellement par l’Arabie saoudite. Mieux, tous ont l’air d’avoir été conçus selon un même moule.

Les mises en page autant que les titres sont quasiment les mêmes. “Le sommet de Riyad redonnera sérénité et espoir aux peuples du monde”, titre le grand quotidien de la capitale, Al-Riyadh. Selon le quotidien de la Mecque, Makka, il “insuffle l’espoir aux peuples de la Terre”. Légère variante dans Al-Watan, avec un “retour de l’espoir pour les peuples du monde”. Al-Jazirah titre qu’il faut “rassurer nos peuples et leur donner de l’espoir”. Et ainsi de suite.

La quasi-totalité des éditoriaux du jour sont consacrés au même sujet. Tous soulignent à quel point de sommet est un succès pour les “sages dirigeants” du pays. Tel que dans un éditorial particulièrement lyrique dans Al-Jazirah, on peut lire:

Qui aurait pu imaginer il y a quelques dizaines d’années qu’un G20 puisse se tenir dans ce pays, qui n’était encore qu’une contrée désertique et inhospitalière […] dans laquelle les gens souffraient de faim et vivaient des drames de vendettas tribales, à cause de l’absence d’un régime et de lois. […] Cela a duré jusqu’à ce que notre gouvernement bien inspiré unisse le pays […], faisant preuve de ses dons politiques et de ses capacités économiques, pour assurer la croissance et pour préparer le pays au XXIe siècle. Aujourd’hui, le prince héritier à son tour profite du G20 pour aborder des sujets qui vont au-delà des seules questions économiques.”

Un défilé aérien dans le ciel de Riyad

Okaz n’est pas en reste : “Le monde entier se tourne aujourd’hui vers Riyad”, assure-t-il. Dans l’espoir d’une “feuille de route” pour un “monde exemplaire”, surenchérit Al-Riyadh.

La une du journal saoudien Al-Bilad en date du 22 novembre 2020.
La une du journal saoudien Al-Bilad en date du 22 novembre 2020.

En réalité, la monarchie saoudienne comptait sur le G20 pour réhabiliter le prince héritier Mohamed ben Salman (MBS) sur la scène internationale et pour effacer le souvenir de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul en octobre 2018.

Mais l’espoir d’une belle photo de groupe, avec MBS au milieu des grands de ce monde, a été douché par la crise du coronavirus. Au lieu de voir défiler les dirigeants des vingt plus grandes puissances économiques, Riyad a dû se contenter d’un sommet par vidéoconférence.

Qu’à cela ne tienne, une photo de groupe virtuelle a été projetée sur les murs d’un palais à Deriya, le berceau de la famille royale, transformé depuis quelques années en une sorte d’écomusée à la gloire à la fois des Al-Saoud et d’un passé mythifié du pays. Toujours à Deriya, un “événement culturel” a été organisé, en présentiel, mais avec un public réduit aux ambassadeurs en lieu et place des chefs d’État escomptés. Il y a même eu un défilé aérien dans le ciel de Riyad. Et à destination des plus jeunes, la publication d’un livre pour “les dirigeants de demain”, avec des dessins d’enfants d’un monde meilleur à venir.

Philippe Mischkowsky



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