La saga des doses de Spoutnik V importées illégalement au Kenya

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La commercialisation du vaccin russe Spoutnik V par une entité privée a semé la confusion au Kenya. Quelques jours après les premières injections de ces doses, le ministère de la Santé a interdit l’importation et la vente de vaccins par des sociétés privées.

Soixante euros la dose. Le prix d’une injection du vaccin russe Spoutnik V au Kenya a été révélé par le Daily Nation, au milieu de la confusion générale. Pendant plus d’une semaine, le gouvernement n’a cessé de répéter que la commercialisation du vaccin était illégale, tandis que la société à l’origine de l’importation des doses assurait qu’elle possédait toutes les autorisations nécessaires. Vendredi 2 avril, le ministère de la Santé a tranché : l’importation et la vente de vaccins par des sociétés privées sont désormais interdites au Kenya.

La séquence commence mi-mars, quand le Russian Direct Investment Fund (le fonds souverain russe) annonce que le vaccin Spoutnik V a été approuvé par le Kenya. L’information passe relativement inaperçue jusqu’à ce que le Daily Nation fasse savoir, le 24 mars, que le vaccin russe “est maintenant au Kenya”. Dans la foulée, sur Twitter, une société de logistique confirme l’importation des doses et le Pharmacy and Poisons Board kényan, l’équivalent de l’Agence nationale de sécurité du médicament en France, confirme de son côté que le vaccin a obtenu une autorisation en urgence. Le ministère de la Santé a pourtant insisté auprès du quotidien kényan : il n’a pris part à aucun accord de commercialisation.

Aucune autorisation officielle de distribution

Dès le lendemain, le Daily Nation publie un nouvel épisode de ce qui s’annonce comme une saga. Alors qu’au moins un hôpital a commencé à prendre les rendez-vous pour les injections, selon le journal, un responsable du ministère de la Santé assure qu’il n’est pas au courant de la présence du vaccin dans le pays. Au sein du Pharmacy and Poisons Board, un responsable tempère, sous couvert d’anonymat, expliquant que le vaccin a reçu l’autorisation d’être importé, mais pas d’être distribué. La commission de la santé du Sénat semble, elle aussi, tout ignorer de la présence du vaccin au Kenya.

Dans la journée, le ministère de la Santé organise une conférence de presse pour tenter de clarifier la situation. “Aucune dose de ce vaccin n’est disponible à la vente dans le pays dans la mesure où il n’a pas reçu l’autorisation d’être commercialisé”, déclare la directrice administrative du ministère de la Santé, le Dr Mercy Mwangangi. En plus de ne pas avoir obtenu les autorisations locales pour être vendu, Spoutnik V n’a pas été approuvé par l’Organisation mondiale de la santé, souligne la responsable. Quatre jours plus tard, l’ambassade de Russie au Kenya apporte son soutien au gouvernement en rappelant que “les importateurs privés ont l’obligation de respecter scrupuleusement les réglementations des autorités kényanes”.

Le vice-président vacciné avec Spoutnik V ?

Le 30 mars pourtant, un avocat de renom s’affiche fièrement sur Twitter : “Premier Kényan à recevoir Spoutnik V au KENYA…”, écrit-il. Le même jour, le vice-président William Ruto poste lui aussi une photo de sa vaccination sur le réseau social.

Dans les deux cas, le soignant qui réalise l’injection est le même. À l’image du Standard, pour toute la presse kényane, c’est une évidence : le vice-président vient de recevoir le vaccin Spoutnik V. Quelques jours plus tôt, il n’a pas pris part à la session de vaccination très attendue au cours de laquelle le président Uhuru Kenyatta s’est vu injecter le vaccin d’AstraZeneca, officiellement le seul disponible au Kenya, dans le cadre du programme Covax, qui vise à distribuer gratuitement des vaccins aux pays pauvres.

L’initiative du vice-président donne de l’écho à la polémique. Quand et comment Spoutnik est-il entré au Kenya ? demande un député, relayé par The Star. La presse s’interroge également sur les coulisses de l’opération. En toile de fond, l’inquiétude de voir se rejouer les scandales de corruption qui ont accompagné la livraison des équipements de protection. Le Standard écrit :

Compte tenu des scandales de plusieurs milliards de shillings qui ont secoué diverses agences du ministère de la Santé depuis le début de la pandémie, l’entrée du vaccin russe Spoutnik V soulève une fois de plus des questions à propos des procédures qui ont cours au sein du ministère.”

Des doses revendues à l’étranger

Le Daily Nation lève une partie du voile le 2 avril. D’après le quotidien, 75 000 doses sont arrivées au Kenya par le port de Mombasa le 21 mars 2020. L’importateur, une société kényane nommée Dinlas Pharma, s’est acquitté de toutes ses obligations auprès des douanes avant d’obtenir l’autorisation de récupérer sa marchandise. D’après les informations recueillies par le journal, un seul hôpital aurait obtenu l’autorisation d’injecter les doses, mais Dinlas Pharma aurait formé des équipes au sein de 27 hôpitaux en attendant d’autres feux verts.

Le jour de la parution du journal, le ministère de la Santé organise une nouvelle conférence. Mutahi Kagwe, le ministre de la Santé, annonce que tous les permis d’importation de vaccins contre le Covid-19 obtenus par des entreprises privées sont annulés et désormais interdits :

Afin d’assurer la transparence et le contrôle de la vaccination, et de préserver l’intégrité du pays, le gouvernement interdit à partir d’aujourd’hui l’importation, la distribution et l’injection du vaccin par le secteur privé jusqu’à ce qu’il soit possible d’assurer en toute confiance une meilleure transparence et un meilleur contrôle.”

Un communiqué du comité gouvernemental chargé de la gestion de la pandémie précise que “la participation du secteur privé à la vaccination menace les avancées dans la lutte contre le Covid-19 et met le pays en danger dans l’éventualité où des produits contrefaits arriveraient sur le marché kényan”. Les 228 Kényans qui étaient parvenus à obtenir une première dose du vaccin Spoutnik V seront autorisés à recevoir la seconde, a souligné le ministre de la Santé. Le reste des doses importées pourra être revendu à l’étranger.



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