Finances : Les pas de géant du marché des assurances en Afrique

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Les chiffres restent modestes au regard du chiffre d’affaires mondial du secteur, mais l’intérêt des majors mondiaux est réel et la marge de progression des sociétés d’assurances africaines intéressante.

Depuis octobre 2017, un partenariat unique est en vigueur sur le continent entre les sociétés d’assurances Saham Finances, Sanlam Emerging Market Limited, Santam Limited, Sompo Japan Nipponkoa Insurance Inc et Sompo international. Dans cet accord figurent trois sociétés africaines : Saham finances, Sanlam Emerging Markets Ltd et Santam Ltd ; et deux autres venues du Japon : Sompo Japan Nipponkoa Insurance Inc et Sompo international. L’alliance scellée a pour principal objectif d’accompagner les investisseurs japonais sur le marché africain.

Pour les spécialistes du secteur, cet accord permettra au japonais Sompo de bénéficier du plus grand réseau de services financiers qu’offrent leurs partenaires Saham finances, Sanlam Emerging Markets Ltd et Santam Ltd avec une présence dans 34 pays.

De leur côté, ces compagnies d’assurances africaines vont profiter de l’expérience du japonais Sompo, un des leaders mondiaux du secteur. Le jour de la signature de l’alliance, Nigel Frudd, directeur stratégique de Sompo International, a commenté : « Ce partenariat stratégique avec Sanlam et Saham Finances nous permettra d’apporter une expérience globale ainsi qu’une vaste connaissance des produits. Sompo International dispose d’une large palette de produits d’assurance tels que la récolte, l’énergie et les risques météorologiques, qui contribueront fortement au développement du continent. »

Un potentiel important

Plusieurs compagnies occidentales avaient déjà perçu tout le potentiel logé en Afrique.  Comme le groupe français Axa Assurance (présent au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon, en Algérie, au Maroc ou encore en Egypte) qui s’est associé avec le britannique Chaucer Lloyds, pour offrir, dès avril 2016, des services d’assurance dans plusieurs pays d’Afrique. De grosses multinationales comme l’américain Metlife ou encore Allianz sont aussi sur le continent. Allianz, le géant allemand de l’assurance, a racheté en 2016 l’assureur nigérian Assure Insurance. Le montant du rachat de cette société détenue jusqu’alors par le concurrent britannique Greenoaks Global Holdings s’élevait à 35 millions de dollars. Aujourd’hui, Allianz dispose de 17 filiales dans 12 pays et est disposé à renforcer sa présence sur le marché africain.

Le major britannique Prudential est arrivé en Afrique par le Ghana en 2014, avec l’acquisition d’Express Life Insurance. Il s’est étendu au Kenya avec le rachat d’une société d’assurance-vie basée au Kenya, Shield Assurance Company. Puis en Ouganda, où il a repris Goldstar Life Insurance en 2015. Après une opération similaire en Zambie, Prudential a bouclé avec le rachat de Zenith Life en juin 2017 au Nigeria.

L’Afrique du Sud, un marché à part

Mais l’eldorado de l’assurance en Afrique, c’est l’Afrique du Sud, où on retrouve Old Mutual, coté sur le Johannesburg Stock Exchange, ou Sanlam. Au mois de mars 2016, ce dernier s’est offert 30% du groupe marocain Saham Finances pour la somme de 375 millions de dollars. Il faut en effet distinguer l’assurance en Afrique du Sud du reste de l’Afrique, car il existe un immense écart de taux de pénétration, de pratique et d’histoire. Par exemple, l’Afrique du Sud est le 17ème pays au taux de pénétration le plus important au monde. Elle représente à elle seule 72,27% des primes encaissées en 2012 en Afrique. Son volume de primes est de 52 milliards de dollars contre 2 milliards pour le reste de l’Afrique.

Pourtant, cette partie du continent affiche, elle aussi, un secteur des assurances en plein essor, animé par le Maroc, l’Égypte, le Nigeria et le Kenya. Il dispose aussi de ses géants : l’entreprise kenyane UAP Holdings, SUNU Assurance ; les entreprises marocaines Saham Assurance et Wafa Assurance, la Nouvelle société interafricaine d’assurance (NSIA) ou encore Activa.

Il faut y ajouter les petits opérateurs relevant du domaine dit de la micro assurance, qui s’adresse aux personnes les plus défavorisées et dont la prime personnelle n’excède pas trois dollars par mois. La forte pénétration de la téléphonie mobile et son corollaire le mobile money sont un nouveau tremplin dont se servent les compagnies d’assurance pour mieux pénétrer le marché et atteindre des cibles autrefois inaccessibles.

L’essor de l’assurance-vie

Le fait est que peu d’Africains ont la culture de l’assurance. Sans doute à cause de la faiblesse des revenus, mais aussi parce qu’il subsiste un système de solidarité séculaire qui agit comme une assurance. Conséquence : les Africains n’y vont pour la plupart que contraints. À l’exemple des polices d’assurance automobile, de scolarité, des frais de rapatriement ou d’hospitalisation liée à l’obtention de visa qui remportent un succès parce qu’elles sont obligatoires. On estime à 2% le taux d’inclusion de l’assurance en Afrique (hors Afrique du Sud). Il est tout de même important de noter la montée en puissance de l’assurance-vie qui profite de l’émergence d’une classe moyenne africaine. L’Afrique compte environ 600 compagnies actives dans 54 pays.

Au demeurant, l’assurance africaine représente 1,5% de l’ensemble mondial, mais la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) fixe le taux d’évolution de la prime vie et non vie dans toute l’Afrique à 2,2% sur la période 2008-2016, là où la moyenne mondiale a enregistré 1,2% de progression. Quand on resserre les statistiques sur les membres FANAF (seize pays d’Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud), ce taux s’élève à 4,7%. On peut toutefois noter une perte de vitesse ces dernières années, qui a atténué les près de 17% d’évolution enregistrés en 2013, à plus de 2 milliards de dollars de primes. Mais la marge de progression est grande pour les pays d’Afrique subsaharienne, notamment en raison de l’explosion démographique et les nouveaux modes de distribution qui se mettent en place.

Pour progresser davantage, les quinze pays membres de la Zone franc, regroupés au sein de la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA), ont engagé des réformes d’assainissement et de relèvement de la qualité des acteurs du secteur des assurances. La CIMA a par exemple décidé en avril 2016 que le capital minimum pour exercer en zone CIMA devait passer de 1 milliard à 3 milliards de F CFA en 2019 et à 5 milliards en 2021. « L’augmentation du capital minimal en zone CIMA aura un impact considérable et se traduira probablement par des acquisitions, des fusions, mais aussi des fermetures », a prédit Roland Lewe, directeur général adjoint d’Activa Assurances Cameroun.

La régulation exercée par la CIMA a plutôt bien servi le marché de l’assurance dans ses pays membres autrefois gravement miné par des opérateurs véreux. Plusieurs sociétés d’assurance ont été fermées et d’autres placées sous administration provisoire. Cet assainissement a redonné de la crédibilité à ce secteur en plein essor.

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