Boko Haram n’est pas mort

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Samedi 28 novembre, au moins 110 civils ont été assassinés dans l’État de Borno pour être allés cultiver leur champ. La secte islamiste est le principal suspect. Alors qu’on la disait affaiblie, elle prouve sa capacité de résurrection.

Alors que l’on croyait le monstre touché mortellement au flanc, la secte islamique Boko Haram, dont les incursions dans le bassin du lac Tchad ont provoqué la mort de plus de 36 000 personnes et contraint à l’exil plus de 2,6 millions d’autres [depuis le début de l’insurrection en 2009], reprend du poil de la bête.

C’est par une véritable orgie sanglante que les fous d’Allah se sont signalés le week-end dernier [28-29 novembre] en tronçonnant une quarantaine de fermiers qui travaillaient dans leurs champs respectifs dans le nord-est du Nigeria. Le comble de la bêtise humaine, est-on tenté de s’exclamer.

Un nouveau souffle

La question que l’on peut se poser est de savoir pourquoi les armées nigériane, camerounaise, nigérienne et tchadienne, en lutte contre cette hydre, n’arrivent pas à lui donner l’estocade. Comme facteur explicatif conjoncturel, on peut avancer le déclin de [l’organisation terroriste] État islamique en Irak et en Syrie, dont les conséquences redoutées sont, entre autres, l’afflux des combattants dans certaines régions au sud du Sahara. Il n’est pas exclu que Boko Haram, qui a été durement éprouvé ces derniers temps par la force multinationale, ait pu bénéficier de renforts à même de lui donner un nouveau souffle.

À cela, il faut ajouter les dissensions internes entre armées agissant sur le même théâtre d’opérations, que les spadassins d’Abubakar Shekau [le leader de Boko Haram] ne ratent pas l’occasion d’exploiter. Mais comme l’on peut s’en douter, au-delà de ces causes conjoncturelles liées à l’environnement international, la résilience de la secte islamiste obéit à des motifs beaucoup plus structurels.

Des militaires minés par les rivalités

Car il faut ajouter la fracture socio-économique entre le nord et le sud du pays. Il en résulte une évidente complicité entre population et djihadistes, que l’armée nigériane, minée par la corruption, ne parvient pas à détricoter.

L’autre interrogation majeure que l’on peut se faire sur cette guerre est celle de savoir si les pouvoirs politiques dans les États riverains du lac Tchad ne tirent pas profit eux-mêmes de l’enlisement du conflit. La question peut paraître incongrue, mais pas saugrenue quand on sait que le président tchadien, Idriss Déby Itno, a usé de cet argument pour se poser comme homme indispensable pour la sécurité de la région et même de celle des Occidentaux. Il est aussi à peu près certain que le pouvoir nigérian masque son incapacité à relancer l’économie du pays durement fouettée par la crise, derrière cette guerre qui n’en finit pas.

De ce qui précède, l’on comprend alors aisément pourquoi l’armée nigériane peine à arracher le trophée de la victoire sur ce terrain. Force est aujourd’hui d’admettre, au regard de la situation sur le terrain, qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit et qu’il est maintenant temps que la bête montre des signes d’essoufflement malgré les ruades encore mortelles dont elle se montre capable, d’aller au dialogue et aux solutions socio-économiques et culturelles. Car une chose est d’arracher les jeunes des griffes de la guerre et de l’obscurantisme, une autre est de réussir leur intégration dans la vie socio-économique de la nation.

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