avoir plusieurs vies pour surmonter la crise

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Parce qu’ils ont envie de faire plusieurs choses, mais aussi parce que le marché du travail ne leur permet pas de vivre d’une seule activité, de nombreux jeunes combinent deux emplois, voire plus. Rencontre au Portugal avec des trentenaires touche-à-tout.

C’est parce qu’ils font plusieurs choses à la fois qu’ils utilisent le slash, la barre oblique typographique, pour se décrire. Mariana Cáceres est illustratrice/tatoueuse, Gonçalo Vicente coach/ostéopathe/formateur. Soraia Tomás est infirmière/DJ, Filipa Costa orthophoniste/danseuse. Tous ont la trentaine, et plusieurs identités professionnelles. Appartenir à la “génération slashers”, c’est placer les expériences avant la carrière, donner la priorité au sens plus qu’au statut social. Et en temps de crise, cela peut être une planche de salut.

Elle a toujours eu envie de faire du dessin. Mariana Cáceres, 28 ans, a hésité un temps entre des études d’architecture et de design et a fait un tour du côté de la restauration d’œuvres d’art. Elle est finalement entrée en filière dessin à la faculté des beaux-arts de Lisbonne, tout en étudiant l’illustration et la bande dessinée à l’Ar. Co, un centre d’art et de communication visuelle. C’est après qu’est venu le tatouage. Devenir illustratrice/tatoueuse n’était pas un plan de carrière, c’est le fruit du hasard. Mariana est entrée un jour chez un tatoueur alors qu’elle accompagnait un ami. “J’aime bien tes dessins, ça te dit d’apprendre à tatouer ? lui a-t-on proposé. Ça a commencé comme ça, à partir de rien.”

Je n’attendais rien, et aujourd’hui encore, par moments, je n’en reviens pas, je me dis : ‘Ouah, je fais beaucoup de tatouage, en fait !’

La jeune femme possède un style bien à elle, un coup de crayon facilement reconnaissable, qu’elle décline sur une affiche, dans un journal ou sur la peau. Il y a quatre ans qu’elle a arrêté de faire des mi-temps dans des bars et des restaurants pour payer ses factures. Choisir entre l’illustration et le tatouage n’est pas dans ses projets : Mariana Cáceres appartient à une génération qui vit dans l’“envie de faire plus de choses”, d’“expérimenter” – mais aussi dans la précarité.

“On a tous un slash quelque part ! Être juste illustratrice ou juste tatoueuse, c’est très compliqué”, explique-t-elle. Quand on a ni poste fixe ni contrat, être un travailleur multicarte donne une certaine liberté et l’assurance d’un plan B si besoin. Ces dernières années, raconte Mariana, c’est grâce au tatouage qu’elle a pu voyager et travailler à Berlin et ailleurs (les échanges entre salons sont communs dans la profession). En 2020, il a fallu survivre au confinement : “Pendant la pandémie, les salons de tatouage ont fermé. Du coup, je me suis remise à faire davantage d’illustration.”

Indépendants et très diplômés

Le terme “slasher” apparaît pour la première fois pour désigner la polyvalence dans le travail en 2007, dans un article du New York Times signé de la journaliste Marci Alboher. Depuis, c’est toute une “génération slasher” qui est apparue : elle a donné son nom à un ouvrage signé Susan Kuang, paru en 2016 [en chinois, non traduit en français], et a même eu droit en Chine à un festival, nous apprend le média JingDaily. C’est que l’appellation convient bien à ces milléniaux, jeunes adultes aujourd’hui âgés de 20 à 35 ans, qui se distinguent par un haut niveau d’études et travaillent en indépendants dans différents métiers à la fois.

Si la description recoupe largement, dans les pays occidentaux, la réalité ancienne, et assez hétérogène, des free-lances, elle renvoie en Chine à une élite urbaine plus homogène, qui a fait le choix de l’indépendance et du cumul d’expériences pour ne pas avoir à s’enfermer dans une seule carrière professionnelle. “Le free-lance est assez banal dans le

[…]

Helena Viegas

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Quotidien économique de référence au Portugal. 

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